En bref : les 14 et 15 septembre 2026, Apple a lancé Siri AI, la refonte complète de son assistant vocal annoncée dès juin 2024 — avec près de deux ans de retard sur le calendrier initial. Les premiers tests indépendants montrent un assistant qui fonctionne réellement pour l'essentiel des usages quotidiens, mais qui reste dépendant d'un écosystème de développeurs tiers encore incomplet, et qui repose sur une architecture co-développée avec Google plutôt que sur une IA « 100 % Apple ». Point le plus concret pour nos lecteurs en Belgique : Siri AI est pour l'instant bloquée sur iPhone, iPad et Apple Watch dans toute l'Union européenne, Apple et la Commission européenne se renvoyant la responsabilité de ce blocage.

Deux ans de promesses reportées avant l'arrivée de Siri AI

Le 10 juin 2024, lors de la WWDC24, Apple dévoilait Apple Intelligence avec une promesse phare : une Siri « plus personnalisée », capable de comprendre le contexte de vos mails, messages et fichiers, et d'agir directement dans vos applications. Les outils les plus simples — Writing Tools, Genmoji, Image Playground — sont arrivés dans les mois suivants, mais la refonte profonde de Siri, initialement prévue pour iOS 18.4, a été officiellement abandonnée le 7 mars 2025. Une porte-parole d'Apple l'admettait alors sans détour : « It's going to take us longer than we thought. » La même semaine, Tim Cook retirait la responsabilité de Siri à John Giannandrea, patron historique de l'IA chez Apple, au profit de Mike Rockwell, jusque-là à la tête du projet Vision Pro (9to5Mac, AppleInsider).

La cible a ensuite glissé au printemps 2026, avec un nouveau risque de report signalé en février, avant qu'Apple n'officialise finalement la nouvelle Siri AI le 8 juin 2026 à la WWDC26 — en même temps qu'un aveu de taille : cette Siri repose sur des « Apple Foundation Models » co-développés avec Google, s'appuyant sur les technologies de la famille Gemini. Ce partenariat pluriannuel a été confirmé publiquement dès le 12 janvier 2026, Google Cloud étant décrit comme le « fournisseur cloud préféré » d'Apple pour cette technologie (MacRumors, TechCrunch).

Siri AI au quotidien : ce qui marche, ce qui coince encore

Lancée en bêta anglaise le 14-15 septembre 2026 avec iOS 27, Siri AI s'appuie sur quatre piliers : la compréhension de votre contexte personnel (mails, messages, photos, notes), une connaissance générale du web, la conscience de ce qui est affiché à l'écran, et la capacité d'agir directement dans les applications. Le test le plus complet à ce jour est celui du journaliste David Pogue sur Six Colors : 125 requêtes concrètes soumises à l'assistant, de l'agrégation de tâches en attente dans Mail et Rappels jusqu'à l'envoi de messages en conduisant. Verdict de Jason Snell, éditeur de Six Colors : « Siri AI really works. It's not perfect, but it's quite good. » L'article 9to5Mac paru le lendemain, recensant plus de 100 exemples concrets, confirme cette même quasi-réussite généralisée (Six Colors, 9to5Mac).

Les échecs relevés sont cependant précis et instructifs : impossible d'envoyer un paiement via Venmo, de réserver une course Uber, de consulter ses données de pas ou ses rappels de médicaments dans l'app Santé, ou de désinstaller Facebook à la voix. Les avis du Vergecast (David Pierce, Nilay Patel) rejoignent ce constat nuancé : un « revirement stupéfiant » par rapport à une Siri qui, il y a encore quelques mois, peinait à régler une simple minuterie — mais sans rien de « bleeding edge » comparé à ChatGPT, Gemini ou Copilot sur les requêtes complexes. Côté langues, Siri AI démarre en anglais uniquement ; la bêta 1 d'iOS 27.2, publiée le 16 septembre 2026, ajoute le support bêta du français, du japonais, du coréen, du portugais et de l'espagnol, avec un déploiement complet attendu en octobre 2026 — l'allemand restant notablement absent de cette première vague.

App Intents : la pièce qui manque encore au puzzle

Toute la promesse de Siri AI d'agir dans vos applications tierces repose sur un framework qu'Apple a rendu quasiment incontournable : App Intents. Sans lui, une application reste invisible pour Siri, pour la recherche Spotlight sémantique et pour le nouvel écran de verrouillage. Apple a publié son guide de migration le 11 juin 2026, laissant aux développeurs à peine 95 jours avant la disponibilité générale d'iOS 27 — un délai serré pour une refonte technique substantielle.

Le résultat au lancement est une adoption réelle, mais très inégale. WhatsApp, Audible, Spotify, Lightroom et Notion répondent correctement aux commandes vocales ; OmniFocus a investi tout l'été pour proposer un support complet dès sa version 4.9. Mais même ces réussites restent partielles — Amazon permet d'ouvrir l'app et de chercher un produit, sans pouvoir finaliser un achat par la voix.

La tension économique derrière les lacunes

Un développeur anonyme cité par David Pogue résume un point rarement dit à voix haute : certaines entreprises tierces freinent volontairement l'intégration à Siri AI parce qu'elles « veulent que vous ouvriez leur app, pour pouvoir vous montrer des publicités ». Pour Gmail, Venmo ou l'app Santé, aucun calendrier de mise en conformité n'est pour l'instant communiqué — un rappel que la promesse d'un assistant universel dépend autant de la bonne volonté commerciale des éditeurs tiers que de la technologie d'Apple elle-même.

Bruxelles bloque Siri AI : le point sur le dossier DMA

C'est le point le plus concret pour nos lecteurs belges. Un premier retard avait déjà touché l'UE en 2024 : Apple Intelligence n'y était devenu pleinement disponible qu'en avril 2025. Cette fois, le blocage est bien plus ciblé : le 8 juin 2026, Apple a annoncé que Siri AI ne serait tout simplement pas disponible sur iPhone et iPad dans l'Union européenne au lancement d'iOS 27, sans calendrier de résolution. Au 14 septembre 2026, ce blocage s'est confirmé : Siri AI reste exclu de l'UE sur iOS, iPadOS et watchOS, mais reste disponible sur Mac et Apple Vision Pro — une distinction qui s'explique par le fait que seuls iOS et iPadOS sont désignés « plateformes gatekeeper » au sens du Digital Markets Act (Apple Newsroom).

Apple affirme que l'interprétation du DMA par les régulateurs européens l'obligerait à donner à tout assistant vocal tiers un accès direct aux données privées des utilisateurs et la capacité de contrôler d'autres applications installées ; l'entreprise a proposé un système intermédiaire (« Trusted System Agent ») et un déploiement progressif sur 18 mois, deux propositions rejetées par la Commission. La Commission européenne, par la voix de sa porte-parole Thomas Regnier, rétorque que ce choix « est celui d'Apple, et d'Apple seul » : le DMA n'interdit nulle part à Apple de lancer un nouveau produit dans l'UE, et une exemption des obligations d'interopérabilité « n'est pas une option » (PhoneArena). Le contraste avec Google est frappant : plutôt que de retirer préventivement son produit, Google a lancé Gemini sur Android dans l'UE sans validation préalable, avant de se voir ordonner, le 16 juillet 2026, d'ouvrir l'accès aux fonctionnalités Android aux assistants concurrents d'ici août 2027 (MacRumors).

Ce qui change concrètement pour vous en Belgique : avec iOS 27, votre iPhone ou iPad ne proposera pas la nouvelle Siri AI, quelle que soit la langue — ni en anglais, ni bientôt en français. Seuls les Mac et l'Apple Vision Pro y ont accès en Europe, et aucune date de résolution n'est communiquée par Apple à ce jour. Notez par ailleurs qu'iOS 27.2 introduit, indépendamment de ce dossier, une nouvelle invite de suivi publicitaire (App Tracking Transparency) en France, en Allemagne, en Italie, en Pologne et en Roumanie, avec un renouvellement de votre consentement chaque année : un changement lié à un règlement avec l'autorité allemande de la concurrence, sans rapport direct avec le blocage de Siri AI (9to5Mac).

Face à Google, Samsung et OpenAI : un rattrapage, pas une avance

La réaction des marchés financiers a été ambivalente. Morgan Stanley a relevé son objectif de cours pour Apple, estimant que l'annonce de juin 2026 pourrait « repositionner Apple comme un gagnant de l'IA ». Pourtant, l'action Apple a clôturé en baisse le jour même de la WWDC26 ; l'analyste Gene Munster a résumé la déception des marchés en une phrase : « l'action chute parce qu'Apple n'a donné aucun calendrier sur Siri » (IndMoney). La révélation de la dépendance technologique à Google a également surpris une partie des observateurs qui pariaient sur une IA entièrement maison, dans un secteur où Apple avait historiquement construit sa réputation sur le contrôle intégral de son écosystème.

Sur le terrain commercial, les chiffres nuancent le récit d'un « supercycle IA » : une étude Consumer Intelligence Research Partners montre que 49 % des acheteurs d'iPhone 17 citent le remplacement nécessaire de leur téléphone comme motivation d'achat, contre seulement 14 % évoquant les nouvelles fonctionnalités d'IA (The Motley Fool). L'iPhone reste malgré tout le smartphone le plus vendu au monde. Pour la suite, Apple prévoit l'extension linguistique de Siri AI en octobre 2026 et un nouveau hub domestique, sans qu'aucun calendrier précis ne soit encore communiqué pour la levée du blocage européen.

Sources et références

Cet article a été rédigé par Pascal Paligot, passionné d'Apple depuis la fin des années 1970 et expert indépendant à Bruxelles, avec l'assistance de Claude (Anthropic) pour la recherche approfondie, la vérification des sources et la rédaction. Conformément à la ligne éditoriale de MacAssistance, cet article présente les faits et les positions de chaque partie sans verdict de la rédaction sur le fond du différend Apple/Union européenne — c'est une position réfléchie et voulue : nous ne prendrons pas parti sur ce sujet.

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